Le TAS

[2011]

FORMES ET OBJETS ISSUS DU TAS

« L’homme qui s’attaque au tas n’a d’autre issue que d’en finir avec lui mais il saura toujours se fabriquer des raisons consolantes s’il n’en venait pas à bout une tâche plus urgente un dos qui faiblit ou l’approche de la nuit » Pierre Meunier, le bleu des pierres.

 Le tas est une des formes suprêmes de “celles qui vont de soi”. Un amoncellement qui fait forme. Autant un objet qu’un obstacle. Un objet qui, a priori, n’a pas besoin de designer pour exister.

Envisagé du point de vue de la physique (physique des solides, mécanique) c’est l’état de la matière spécifique appelé granulaire (ni solide, ni liquide, ni gazeux). C’est un état critique auto organisé. Le principe du tas de sable peut se résumer à une matière granulaire saupoudrée sur une surface géométrique qui génère un volume et un seul possible. Il s’agit donc d’un processus générateur de formes en volume.
Formes et objets issus du tas est un projet de recherche qui traite de la relation analogique entre la 2D (le dessin) et la 3D (le volume), du dessin jusqu’à la production d’objets.
Ce projet pose, dans un premier temps, la question du dessin dans son économie même. Ou comment dessiner des objets dont les formes résultent de l’action de la gravité, des objets qui formellement (et au sens propre) tombent sous le sens, des objets a priori détachés de l’expression d’un style.
Dans un second temps, l’enjeu est de développer les moyens de remédier à l’instabilité du tas, le figer. Le tas, plus qu’un outil de dessin d’objet, devient alors un maillon de la chaine de production. En effet, un objet peut naître d’une simple forme en 2D saupoudrée d’un matériau granulaire instable qui est ensuite figé. La matière granulaire devient autant l’outil de dessin qui permet le passage de la 2D à la 3D que le moule de cet objet. C‘est la matière même de l’objet qui fait office de moule.
Ce système pose la production de l’objet dans une relation directe à son dessin.
Le principe du tas de sable permet aussi de développer un mode de production d’objets en volume, sans l’intervention de la main (savoirs faire), de manière analogique (ou du moins sans technologies numériques pointues), et sans moule.
Ce mode de production, facilement appropriable, permet de dessiner et produire autant à l’échelle de son arrière cuisine qu’à celle de la plus grosse industrie en passant par les moyens de production coopératifs.

Ce projet interroge la relation de nos modes de dessin et de nos modes de production d’objets. Il présente l’élaboration d’un langage “primitif” du tas de sable, puis un premier mode de production d’objet par cuisson d’un thermoplastique en poudre. Des maquettes ébauchent des pistes d’objets ou principes d’objets à développer ainsi qu’un projet d’outil digital de dessin et de modélisation d’objets du tas.

Ce projet pose les bases de la conception d’une gamme d’objets, fabriqués dans des matériaux divers, à des échelles diverses selon des procédés de fabrication divers ; des objets potentiellement hétérogènes qui auront de commun un langage formel issu du principe du tas de sable.

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SHAPES AND OBJECTS FROM THE PILE

The heap is one of the ultimate forms of “the self-evident.” A pile that takes shape. As much an object as an obstacle. An object that, at first glance, does not need a designer to exist.

Viewed from the perspective of physics (solid-state physics, mechanics), it is a specific state of matter known as granular (neither solid, liquid, nor gas). It is a self-organized critical state. The principle of the sand pile can be summarized as granular matter scattered over a geometric surface, generating a single possible volume. It is therefore a process that generates three-dimensional forms.
Forms and Objects from the Pile is a research project that explores the analogical relationship between 2D (drawing) and 3D (volume), from drawing to the production of objects.
This project begins by examining the very nature of drawing. Or, how to draw objects whose forms result from the action of gravity—objects that, formally (and literally), make perfect sense, objects that are, at first glance, detached from the expression of any particular style.
Secondly, the challenge is to develop ways to address the instability of the pile, to solidify it. The pile, more than a tool for drawing objects, thus becomes a link in the production chain. Indeed, an object can emerge from a simple 2D form sprinkled with an unstable granular material that is then solidified. The granular material becomes both the drawing tool that enables the transition from 2D to 3D and the mold for this object. It is the very material of the object that serves as the mold.
This system places the production of the object in a direct relationship with its design.
The principle of the sand pile also enables the development of a method for producing three-dimensional objects without manual intervention (craftsmanship), in an analog manner (or at least without advanced digital technologies), and without a mold.
This easily adaptable mode of production allows for design and production on scales ranging from a home kitchen to large-scale industry, including cooperative production methods.

This project explores the relationship between our methods of drawing and our methods of producing objects. It presents the development of a “primitive” language of the sand pile, followed by an initial method of producing objects by baking powdered thermoplastic. Prototypes sketch out potential objects or principles for objects to be developed, as well as a digital tool for drawing and modeling objects from the pile.

This project lays the groundwork for the design of a range of objects, made from various materials, on various scales, using various manufacturing processes; potentially heterogeneous objects that will share a formal language derived from the principle of the sand pile.